19.11.13

Merci Mahmoud !

Chers lecteurs, vous qui êtes des millions à me suivre, je vous prie de m'excuser pour cette longue absence, vous aussi vous m'avez manqués....
Pour me faire pardonner, un roman, qui vous prendra 3 jours à lire.


Il y a quelques semaines je travaillais en tant que "régisseuse"/"runneuse"/chauffeur sur le tournage d'un film français tourné dans le nord d'Israel, près de Haifa. 
Mon boulot était simple : le matin, aller chercher les actrices et les emmener sur le tournage. Le soir, les ramener chez elles. Entre, courir de partout pour aller chercher les éclairages qui manquent et d'autres trucs complètement inutiles mais qui servent tout de même à sauver la face du monde.
Nous sommes un lundi, il est 17h30 , il fait déjà nuit et je dois aller chercher dans un magasin des cartouches d'imprimantes.

Le magasin, situé à 15min en voiture de notre lieu de tournage, ferme à 19h. 
Je n'ai pas de GPS, je n'ai pas d'application qui fait GPS, je n'ai pas mes lunettes car je les ai oublié (seulement celles de soleil qui sont à ma vue) je n'ai pas d'application qui fait lunettes. Je ne connais pas le chemin et le régisseur avant de m'envoyer en mission me dit : "Putain Sara on est dans la merde faut absolument qu'on imprime des contrats pour les figurants ce soir sinon on...." je ne me souviens plus de la suite, je suis restée bloquée sur les mots "putain" "absolument" "contrats".
Avant de prendre la route vers le néant, je me rends sur google maps afin d'écrire mon itinéraire et prends en photo la carte. Le chemin n'avait pas l'air si compliqué que ça, le magasin étant sur l'avenue principale de la ville. J'avais 1h15 devant moi, ce qui me laissait une marge d'environ 45 minutes au cas où je me perdais. J'étais confiante, innocente...

Feuille de route en main, lunettes de soleil sur le pif je file en voiture accomplir cette mission. 
Dix minutes plus tard je suis perdue, mais "c'est pas grave" me dis-je, vu qu'il me reste encore beaucoup de temps pour arriver à destination. 
Je m'arrête dans une station service pour demander mon chemin. Erreur de ma vie. La fille qui y travaille me dit que je dois faire demi tour, je dois reprendre le tunnel (ce qui m'a coûté la modique somme de 2€) pour retourner sur mes pas. Je la crois. Erreur de ma vie.
Je suis ses indications et redemande mon chemin à un automobiliste à la sortie du tunnel.
Lui "t'as pas WAZE ?" (application inventée par les israéliens, vendue plus d'un milliard de dollars à Apple, qui fait GPS tout en tenant compte de la circulation en temps réelle, il est donc logique que tout les israéliens la possède et en font l'application de leur vie du genre : "et t'aurais pas des pansements sur toi ? Je viens de me couper avec cette feuille de papier." "Non j'en ai pas mais j'ai WAZE !") Bref, après lui avoir répondu que "non je n'avais pas WAZE et je vis très bien sans" il m'indique que je suis dans la mauvaise direction et que je dois prendre le tunnel. Je lui dis que la nana de la station service vient de me dire le contraire. Il me regarde l'air de "tu crois qui, elle ou moi ?". 
Ni une ni deux, je passe la première, fais demi-tour, repasse le tunnel...enfin non...parce que le tunnel je le retrouve plus. Je m'engage sur une route qui monte, monte, monte, personne dans la rue, pas d'indication, j'appelle le régisseur et lui demande le téléphone du magasin pour qu'un des mecs qui y travaille m'indique le chemin. Mes nerfs montent, montent, montent et je tombe sur Mahmoud, qui me répond au téléphone avec une pointe d'accent arabe et une voix assez haut perchée. 
Folle de rage (pas contre lui mais fallait que ça sorte) et les sanglots dans la gorge, je lui dis que je suis complètement paumée, que personne ne m'indique le bon chemin, que j'ai des envies de meurtre, que si je n'arrive pas à temps pour les cartouches je vais me faire virer, je vais rater ma vie. 
Ce à quoi Mahmoud me répond en riant : "Calme toi motek (chéri) calme toi ! Mais dis moi, tu es française ?" Ce à quoi je lui réponds : "A ton avis ? Avec ce putain d'accent qui me colle ?!" Mahmoud décidément en grande forme, appelle tous ses collègues et met le haut-parleur. Il me dit de lui décrire la route et de demander à la première personne que je vois de me préciser où je suis exactement. Je lui dis qu'il n'y a personne dans ce bled et que la route ne cesse de monter. Il comprend que je suis sur la bonne route, sauf que c'est celle de CHRA, celle qui fait le tour de tous les bleds. J'entends un des ses camarades émettre un son qui évoquait un certain : "Ouhhhhhhh elle arrivera sûrement dans deux semaines à cette allure". 


                                Illustration, Sarah Vieille (la plus belle)

Le destin aidant, je sens que je m'approche d'un centre ville, Mahmoud ne cesse de me répéter "demande à quelqu'un", j'approche d'une sortie de supermarché et demande de l'aide à un homme debout, un sac plastique à la main. Mon approche était celle-là : "Je vous en supplie je suis paumée, j'ai quelqu'un au téléphone qui peut m'aider mais moi je peux pas l'aider à m'aider alors si vous pouvez l'aider à m'aider ça serait génial". Mahmoud mort de rire. Moi aussi parce que je pète un câble. Mon interlocuteur est quant à lui inutile, parce que bourré. Mahmoud me dit "casse toi et demande à un autre". Quelques mètres plus loin, un homme charge sa voiture de courses, même approche, il saisi mon portable et parle avec Mahmoud. Avant de lui dire où je me trouve, je l'entends dire : "Oui elle a l'air un peu..." Un peu quoi ? Paniquée ? Perdue ? Folle ? Psychopathe ? En vérité les quatre était plausibles, car ma tignasse de sauvageonne et mes lunettes de soleil au nez alors qu'il faisait nuit, ne m'aidaient en rien dans ma quête. L'homme raccroche, me redonne le téléphone et commence sa phrase par un "Takshivi !" (écoute!) sec, dur, effrayant et russe. Il m'indique encore mieux que n'importe quelle carte le chemin à trois reprises et me dit de rappeler Mahmoud quand j'arrive au niveau de l'université. 
Je le remercie et suis tellement rassurée qu'en partant je lui lance un "neshikot" (bisous). 

Chemin parfaitement indiqué, je rappelle Mahmoud, qui me félicite, continue à m'indiquer la route et me demande entre deux feux rouges si je parle avec un kit mains libres. Je lui dis que non, mais que je suis extrêmement prudente et une très bonne conductrice. Je le remercie de prendre le temps de m'aider et lui demande si je ne le mets pas en retard pour un dîner romantique avec sa copine. Erreur de ma vie. Mahmoud me dit que c'est un plaisir de m'aider, que non il n'est pas attendu et qu'il serait ravi de m'emmener prendre un verre. "Oh c'est gentil de ta part mais je dois retourner illico presto sur le tournage après donc non". Il me fait la blague du siècle en me disant qu'on peut passer notre date au téléphone jusqu'à ce que j'arrive à la boutique.
Miraculeusement je vois pour la première fois depuis une heure, le panneau qui indique la ville (dont je ne me souviens même plus du nom !). Je pousse un cri de déglingo de la tête, lui aussi, ses collègues aussi, et j'arrive enfin au magasin. Par le manque de visibilité, moi la super conductrice, je manque de défoncer la chaîne qui empêche l'accès au parking, mais Mahmoud m'accueille devant ma voiture, 17 ans à tout casser, mignon comme tout et très curieux de voir qui j'étais ! En trente secondes j'avais les cartouches dans ma voiture, un de ses collègues m'explique 4 fois le chemin du retour, que je trouve facilement. Suis de retour en 13 minutes chrono sur lieu de tournage et reviens comme une superwoman cartouches à la main, mission accomplie, tête haute. 


Seul Mahmoud, ses copains, le bourré, le russe et moi-même savons ce qui s'est réellement passé ce soir là. 

Sans Mahmoud je ne serais pas là, virée, je me serais sans doute retrouvée à dormir sous un pont, à me nourrir de miettes de felafel volées aux mouettes imaginaires de Tel Aviv....

Mahmoud, si tu me lis, je t'aime.


19.10.13

The cake

L’avantage avec la nouvelle technologie c’est que l'on vit les moments de solitude d'un proche comme si on y était. Mon père, qui a été prof d’optique, opticien, père de deux merveilleuses filles, mari de la plus sympathique des femmes, qui sait pêcher avec une bouteille en plastique, qui sait rester plus de quatre heures sous l’eau sans respirer, qui danse avec les requins et parle avec les oursins, oui, mon père qui a arrêté l’école avant ses 16 ans et qui sait épeler correctement le mot Rhododendron, ne sait pas faire un gâteau au yaourt.
Il n’en est même pas proche, plus il essaye plus il s’en éloigne…
Il y a deux drames dans cette affaire. Le premier : mon père cuisine merveilleusement bien, il a le don de transformer tout ce qu’il touche en or, même un vulgaire bout de navet, car il l’écoute, le navet, mon père, il sait ce qu’il lui faut ! Le deuxième drame, c’est que je suis la spécialiste du gâteau au yaourt,  il aurait donc suffit de me demander la recette. En parlant de recette, qu’est ce qui a pu donc clocher dans cette dernière, pour pourrir la première tentative de mon père ? « Recette ? Mais de quoi parles tu Sara ? Je me suis inventé chef pâtissier et me suis dis que je pouvais, moi Neptune roi des loups de mer, préparer ce gâteau sans lire auparavant ne serait ce qu’UNE recette. Et en plus je ne voulais pas te déranger. »
Il n’y a rien à comprendre, aucun mystère à dévoiler, aucune explication pour cette infamie.

Papa, si je dévoile la conversation écrite que nous avons eu le jour de la tragédie, ce n’est pas pour me foutre de ta gueule, non, c’est pour te montrer à quel point je ne peux plus entendre ce « je ne voulais pas te déranger », qui non seulement à ruiné toutes tes chances de devenir le roi des fourneaux mais qui n’a pas non plus ravi les papilles de tes proches. Pas besoin de le goûter pour voir (selon la photo que tu m’as envoyé, sans doute fier de toi) qu’il était raté. 

Tout commence par une photo de la préparation du gâteau et un commentaire, qui respire déjà l’insouciance du personnage…
Lui : « Si ça marche je ne saurai pas pourquoi. Et si ça rate non plus. Donc pourvu que ça marche. »
Moi : En voyant la pâte. «T’as mis les œufs déjà ? »
Lui : « Pourquoi il en faut ? »
Moi : « T’es pas sérieux là papa ? »
Lui : « Non je plaisante pas. »
Moi : « Papaaaaaa. »
Lui : « Combien ? »
Moi : « Ahah ! Trois, c’est bien. »
Lui : « C’est quoi ? Une tortilla ? »
Moi : Exaspérée « C'est un gâteau, papa, un gâteau...»

Là, Monsieur me balance une vanne car il pense encore que je le fais marcher. Il se reprends avec : « C’est parti pour les œufs. »
Moi : « Papa tu l’as prise où ta recette ?? T’as mis un demi pot d’huile de tournesol ? »
Lui : « Non un pot entier. Prise nulle part, j’ai pas cherché. »
Moi : « Pourquoi tu m’as pas demandé ??!! »
Lui : « Parce que je ne voulais pas déranger mais voilà, tu participes. »

Mais c’est trop tard, le massacre est déjà fait, j’apprendrais par la suite que le demi paquet de levure fut remplacé par « deux pincées » et je doute encore de la quantité de sucre et de farine qu’il a décidé de mettre. Une photo du gâteau une fois « cuit » me sera envoyée, pour éviter tout drame familial je l’efface très vite et tente d’oublier cet accident.

Ô toi Dieu des Gâteaux, laisse lui une chance, le pauvre innocent ne savait pas, il ne voulait pas profaner ta pâte, je paierai sa dette et je promets de lui apprendre à se servir de ses dix doigts pour préparer le gâteau le plus FACILE du monde.


30.9.13

Cheh !


Hier quand je rentre de mon cours de zumba il est environ 20h30.
Je suis chargée comme une mule parce qu'ayant envie de viande suis allée m'acheter un steak et à la caisse il y avait une offre à 3 bouteilles de vin pour 90 shekels (moins de 20 euros), et comme un bon pigeon j'ai succombé.

Pour rejoindre mon habitat il me faut obligatoirement emprunter des escaliers. Pas des escaliers sympathiques où tu te dis "chouette ça va me faire les mollets" non ceux où tu te dis "p**** de ta r*** sa mère la chauve, son père le frisé je vais clamser la gueule ouverte si ça s'arrête pas !"

J'ai donc compris avec le temps qu'il vaut mieux les monter deux à deux et qu'il ne faut jamais, ô grand jamais, regarder devant soi. Au contraire mieux vaut se focaliser sur ses pieds pour ne pas être découragé par le nombre de marches qu'il reste à grimper...

Bref, hier soir il fait nuit, j'ai chaud, un sac de courses lourd à ma main droite je m'approche de la montagne. Au milieu de celle-ci une vieille dame, qui porte une robe noire, s'aide de la rampe du côté gauche pour la gravir, et porte comme moi un sac de courses (bien plus léger que le mien).
Détail important : je sors d'un cours de zumba qui m'a donné la sur-patate et je suis bien décidée à les plier en deux secondes ces marches.

Je m'élance telle une gazelle avec la grâce qu'on me connait, ma technique est indémodable, mon rythme infaillible, ma main droite plus haute pour ne pas laisser traîner les courses car mon centre de gravité est plus bas. Je suis bien, je me sens comme un bouquetin des Alpes qui joue à cache-cache en altitude. Je m'apprête à dépasser la mamie, je suis fière mais commence à suer à grosses gouttes quand même. Je dépasse la mamie, à peine l'ai-je dépassée que la mamie dit en soupirant "ah la jeunesse..." à peine ai-je le temps de lui répondre par un mini rire condescendant qu'à la seconde même où je ferme la bouche mes pieds décident de faire n'importe quoi, mon premier réflexe est de sauver les 3 bouteilles de vin je lève alors le bras très haut, je sens mon point de gravité chuter, je me ramasse comme une m**** dans les escaliers, les bouteilles se cassent, le steak se noie, la température de mon corps augmente de 45 degrés, je m'auto-check de suite : "c'est bon rien de casser", je me sens c**, en deux demi-seconde je regarde autour de moi pour vérifier si à part la mamie il n'y a pas d'autres témoins, n'ayant pas mes lunettes ce désir est vain, je reprends petit-à-petit mes esprits, la mamie arrive alors à ma hauteur, je m'apprête à lui dire "je vais bien ne t'en fais pas" elle me dépasse, m'enjambe quasiment et dit en soupirant "ah la jeunesse..."

Tfouu tfouu tfouu elle et son oeil de corbeau !!


                                          Illustration, Sarah Vieille


22.9.13

Chifoumi


Il existe plus d’une dizaine de plages à Tel Aviv. Celle des français, celle des chiens, celle où les jeux de raquettes (matkot) sont interdits, celle des homosexuels qui est d’ailleurs juste à côté de celle des religieux…Elles ont toutes un point commun, outre l’eau de mer, le sable, les parasols et les pigeons de mer (oui ils sont différents de ceux de la ville, plus musclés, plus bronzés aussi) elles sont liées par le même objet, un objet extrêmement paradoxal : une balance. Pas celle où on pèse les patates et les olives, non celle qu’on utilise pour se peser nous, êtres humains, et qui se trouve habituellement dans notre salle de bain…
Oui mesdames et messieurs, une balance analogique est installée à chaque sortie de plages et elle est gratuite. Elles semblent toutes marcher et sont, on peut le dire, complètement inutiles.
Tout le monde y passe, les gens se disputent parfois pour ne pas y passer les premiers. En début de semaine, deux amis se promenaient, l’un d'eux voit la balance et dit à l’autre « monte », ce dernier lui répond « non, toi le premier ! » s’en est suivi une partie de chifoumi en 3 manches pour savoir lequel allait devoir se peser en premier. Mais les gars avant même de jouer j’ai envie de vous dire « mais pourquoi ? pourquoi voudrais-tu te peser devant tout le monde, le soir, alors que tu te promènes tranquillement une glace à la main, avec une balance qui est si ça se trouve mal réglée et qui va te saper le moral pour le reste de la soirée ? Oui pourquoi ! » 

Il y a trois jours j’ai donc essayé la balance, à côté de la plage des homosexuels, j’ai d’abord oublié que je portais encore mon sac de plage en montant dessus, (ce qui au fond ne changeait pas grand chose au chiffre) et j’ai enfin compris l’intérêt.
Primo, seule la personne qui se pèse peut voir son poids, elle peut donc mentir, personne ne vérifiera. Deuxio, tout réside dans le processus de culpabilité.
En effet, à peine installée dessus, j’ai ressenti un espèce de soulagement, une pensée m’a traversée : « c’est bon tu as fais ta B.A du jour, tu as vérifié ton poids, tu as pris soin de ton corps ». Bah oui bien sûr que je me suis dis ça, la moitié des chiffres ne s’inscrivent pas correctement sur l’écran : par exemple, on a donc le premier bâton du chiffre 8 qui peut aussi être le bâton du 6 ou du 1. Ca fait donc plaisir au moral, rien n’est précis mais le sentiment reste le même : je me suis pesée devant plein de gens, j’assume mes rondeurs et je les assume tellement que je vais faire comme si je n’avais pas compris le poids inscrit et vais manger une glace, là, maintenant, tout de suite !

4.9.13

"Le petit David est appelé à l'accueil..."


C’est la folie partout, Rosh Hashana arrive demain !
Pénurie de miel, de pommes, de grenades, mais surtout pénurie de patience chez les gens, pénurie d’attention chez les parents… Bref la tempête avant le calme !
Ce fut donc non sans surprise qu’au supermarché tout à l’heure est arrivé un événement extraordinaire : le petit David a foutu la merde bien comme il faut.

David = prénom donné à tout enfant entre 3 et 13 ans, non seulement chiant, mais antipathique.

Je suis donc au rayon des cafés, quand j’entends un des employés appeler au micro un certain « Igal » au rayon charcuterie. A peine une minute plus tard le micro se remet en marche, avec un peu de difficultés, on entend des petits frottements, et soudainement une voix, celle d’un petit garçon.

Après s’être approprié l’appareil, le bonhomme décide de mettre le feu et surtout de foutre la merde dans tout le supermarché. Il commence par imiter l’employé qui vient de parler au micro, et décide d’inventer et d’annoncer des offres spéciales Rosh Hashana en évoquant des produits qui n’ont absolument aucun rapport avec la fête.

Les bouteilles de Coca Cola deviennent gratuites à chaque achat de rouleaux de papiers hygiéniques, un paquet de céréale est offert à chaque achat de paquet de chewing gum et des kilos d’oignons sont à moitié prix ! Chaque offre est ponctuée d’un shana tovah ! (bonne année !) joyeux et entrainant !
On sent l’agitation dans les rayons, entre les employés qui se pressent vers lui pour le faire taire, la mère du responsable, paniquée, honteuse et fière à la fois que son fils ait réussi un coup d’état, ainsi que les clients qui, par fatigue (j’espère) croient aux offres qu’annonce David et se renseignant, ralentissent dans leur course les employés déchainés…

Enfin, au bout de quelques minutes, le micro lui est arraché et l'on entend la claque que David se prend par sa mère ou par le responsable du magasin. D’un coup tout revient à la normale, Igal est de nouveau appelé au rayon charcuterie et David, lui, sera puni de dessert demain soir.

1.9.13

Chacun son truc



Depuis que la situation en Syrie (ainsi qu'en Egypte) est critique, tout étranger en Israël, qui n’a pas l’habitude d’avoir des voisins peu commodes, finit par interroger tous ses amis israéliens pour savoir comment ils gèrent ça.
Sans céder à la psychose ou la panique, juste pour essayer de déterminer le fossé qui pourrait exister entre les médias européens, les médias israéliens et le sentiment général des citoyens ici.
Ce qui m’a frappé d’abord, c’est qu’aucun, je dis bien aucun de mes proches, collègues ou clients du café n’est paniqué quant à ce qu’il pourrait se passer en Israël avec à la situation syrienne. 
L’habitude sans doute…

Ensuite, c’est l’humour qui refait surface. Voici quelques anecdotes que j’entends depuis quelques jours.

Joyce : 54 ans. Depuis 30 ans en Israël.
« Et donc en général, les attaques se faisaient le soir, plus ou moins à l’heure du dîner. Je me souviens d’un soir où on avait commandé des pizzas parce qu’on avait rien dans le frigo. On est en plein dîner et la sirène retentit. Non seulement on avait la flemme de descendre les trois étages pour aller au shelter, mais en plus de ça on avait faim et les pizzas allaient refroidir. Lital (sa fille, âgée à l’époque de dix ans) me regarde et me dis : « oh non pas pendant la pizza ! » On  se lève tous avec une part de pizza à la main, on va dans la chambre la plus hermétique de l’appartement, on commence à mettre nos masques à gaz, mais comment tu veux manger une pizza avec ton masque à gaz ?! »

Elle continue...

« L’automne dernier quand ça chauffait ici je me souviens d’une alarme un après-midi. J’étais chez ma fille Emilie, avec ma petite-fille. L’alarme a retenti, on s’est vite dépêchées d’aller à l’abri. Emilie a attrapé Lia, moi je m’occupais du chien. A peine avoir franchi la porte, la même pensée nous a traversé l’esprit. On venait d’acheter chacune un sac en cuir qui compte bonbon. Sans rien lâcher j’ai filé dans le salon pour récupérer nos sacs, Emilie en a profité pour sauver une paire de bottes qu’elle venait de s’offrir. Ridicule non ? Et inexplicable. »

Elad : 32 ans. Depuis 32 ans en Israël.
« Avec les masques à gaz ils distribuent toujours une petite dose d’Atropine, que tu peux t’injecter en cas de contamination et qui te permet de survivre jusqu’à ton arrivée à l’hôpital. Tu dois te l’injecter seulement quand tu as les premiers symptômes : difficultés à respirer, maux de ventre, vomissements… Beaucoup, avec la panique et au moindre affaiblissement se l’injectent et vont à l’hôpital du coup, car ils se sont fait l’injection pour rien. Je me souviens j’étais petit, on était dans le shelter avec mes parents et tous les voisins de l’immeuble. Les enfants n’avaient pas des masques à gaz comme tout le monde mais des espèces de cagoules complètement hermétiques avec un espèce de petit ventilateur pour les aider à respirer. On vient donc d’arriver dans l’abri, je mets ma protection et après quelques secondes je commence à me sentir mal. J’ai du mal à respirer et j’ai la nausée. Je préviens ma mère qui immédiatement se muni de l’Atropine. Je suffoque et deviens tout rouge, mon père me retire la cagoule, mes parents sont à deux doigts de me l’injecter, mais je reprends peu à peu mes esprits, en fait c’était la cagoule que j’avais qui sentait trop fort le plastique ou le caoutchouc qui me donnait envie de vomir. Tu vois, ça arrive même aux meilleurs d’injecter la dose pour rien… »

Danah, 26 ans. Depuis 26 ans en Israël.
 « Je me souviens que ma mère avait fabriqué un espèce de masque à gaz pour notre chien. Ça ne ressemblait à rien et surtout maintenant je sais qu’il était complètement inutile, c’était juste pour nous rassurer ma sœur et moi. D’ailleurs je crois même que Nina (son chien) avait plus de chance de mourir avec le masque home made que sans. »